A l’approche des grands flux des vacances entretien exclusif avec le Consul général d’Espagne à Tanger M. REIG TAPIA. D. ARTURO

 A l’approche des grands flux des vacances entretien exclusif avec le Consul général d’Espagne à Tanger M. REIG TAPIA. D. ARTURO


M. le Consul général, vous êtes Madrilène ; peut-on demander au diplomate que vous êtes de nous donner son pronostic pour la finale de la Coupe d’Europe des clubs? L’Athlético de Madrid ou le Réal Madrid ?
Ma réponse sera la réponse d’un diplomate : que le meilleur gagne ! Permettez moi de garder secret ma préférence ; vous comprendrez le Madrilène diplomate que je suis!

Votre carrière professionnelle s’est déroulée jusqu’à aujourd’hui dans la diplomatie?
Je suis entré rapidement dans le corps diplomatique. J’ai exercé mes fonctions au Canada, en Australie, en Equateur, où sont nés mes deux fils, puis au Costa Rica. Et avant d’arriver à Tanger j’étais en mission spéciale chargé du dossier de l’engagement de l’Espagne dans la reconstruction d’Haïti après la terrible catastrophe en janvier 2001. Et c’est ici un des plus beaux postes de ma carrière diplomatique. je ne connaissais pas le Maroc, j’y étais venu brièvement à Rabat pour diverses réunions, sans avoir le temps de faire connaissance avec l’extérieur de l’ambassade.

Vous êtes un homme de culture et cultivé, quelles étaient les images que vous aviez dans la tête sur Tanger avant de venir?
Ho! vous croyez ? Merci ! J’avais vraiment des images « topic », les clichés que l’on voit partout, des peintres orientalistes. J’ai été ébloui quand j’ai vu que le Maroc était plus vert que l’Espagne ; je pensais que c’était un désert, c’est absurde ! J’avais étudié dans la formation diplomatique le statut spécial de Tanger Internationale mais je ne connaissais pas la réalité de la ville, comment ça a marché et les années après. Il y avait à l’époque en 1950 30000 espagnols qui vivaient ici.

Cette population étrangère importante est partie à la fin de cette période. Les Espagnols sont revenus pour investir et commercer depuis 10 ans, ils sont à peu près 2000 résidants aujourd’hui. Il y a des espagnols qui viennent ici pour travailler et qui repartent chez eux le weekend car, soit leurs enfants ne peuvent être scolarisés à Tanger, soit leurs femmes ont une activité dans leur pays. Ce n’est pas une communauté comme avant qui s’était fixée sur plusieurs générations.

Des entreprises espagnoles investissent à Tanger?
Oui, dernièrement à Tanger Free Zone une entreprise s’est installée avec un investissement de 17millions d’euros. C’est Renault qui a déclenché la vague d’installations de petites et moyennes entreprises espagnoles, certaines sont leurs fournisseurs.

On parle beaucoup de l’immigration africaine vers le continent européen, qu’en est-il de l’immigration espagnole vers le Maroc?
C’est anecdotique. On a focalisé sur un ou deux exemples d’un cuisinier qui était au chômage en Espagne et qui est venu tenter de trouver une activité ici et un autre artisan qui a fait pareil. On a parlé de musiciens espagnols qui jouaient dans la rue comme si ils étaient mendiants , c’est absurde. Dans toutes les villes touristiques il y a des musiciens dans la rue et aux terrasses de cafés. C’était un peu nouveau ici alors on a affabulé sur leur présence.

Quant à l’immigration des africains vers l’Europe?

C’est une tragédie. Il y a tant de conflits, tant de problèmes économiques que beaucoup espèrent trouver le paradis en Europe ; nous savons que ce n’est pas la réalité. Ce flux alimenté par un espoir d’un futur meilleur doit être régulé car pour accueillir ces candidats il faudrait un logement, des écoles, un travail au minimum et chacun sait les taux de chômage importants dans l’Europe du Sud. Quand l’économie avance dans la prospérité, alors on peut engager de la main d’œuvre, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Une immigration de masse est très difficile à gérer et l’on voit bien les réactions xénophobes des protectionnistes nationaux dans ces pays en difficulté économique. Il faut malgré tout regarder toujours avec compassion ces migrants qui risquent leurs vies, abandonnent leur famille, qui méritent une charité et une compréhension.

La mission première du consulat est la délivrance de visas?
Ce consulat aujourd’hui est le cinquième au monde sur la base de la quantité de visas que nous délivrons aux Marocains : 50 000 par an! Le détroit ne fait qu’une dizaine de kilomètres, c’est donc bon marché pour s’y rendre par rapport à un billet d’avion pour Londres ou Paris, cela tente les Marocains de traverser pour un weekend. Et comme les prix ont beaucoup baissé en Espagne dans l’hôtellerie et la restauration en particulier, le pays est attractif.

La proximité culturelle, géographique et même de caractère fait que l’entente se passe bien avec les Andalous. On m’a dit que dans le Sud espagnol, 80% du chiffre d’affaire de la grande chaine de magasins El Corte Ingles sont les achats de Marocains, c’est évocateur.

Mais , l’Espagne est plus proche que de l’autre coté du détroit, l’Espagne est à Ceuta.
C’est vrai, Ceuta est aussi une destination très prisée des Marocains. Les weekends sont très chargés par la fréquentation de Marocains du Nord mais aussi de Casablanca et de Rabat. Nombreuses sont les femmes qui font leur shopping à Ceuta plutôt qu’en Andalousie. Nous avons 50 demandes de visas par jour pour Ceuta, soit 10000 par an approximativement. Je crois que le chiffre d’affaire annuel dans les deux villes espagnoles Ceuta et Melilla est proche de 1500 millions d’euros. C’est donc une place commerciale importante pour les deux pays.

Tanger 2017 sera une autre ville, vous serez de la fête?
Je suis en fin de mission en 2016, c’est un cycle de 4 ans, hélas !
Tanger et le Nord du Maroc cultivent une relation chaleureuse avec notamment les provinces du Sud de l’Espagne.
C’est exact, il y a un intérêt institutionnel de solidifier des liens d’intérêts communs, c’est manifeste et cela va dans le bon sens d’échanges de toutes sortes. C’est aussi dans notre mission ici, suivant les instructions de l’Ambassadeur d’Espagne au Maroc, d’être opérant pour renforcer ces liens entre les deux pays.

La période des grandes vacances arrive, les MRE vont revenir comme chaque année de plus en plus nombreux. Un passage facilité pour eux cette année?
Chaque année des deux cotés une collaboration tend à rendre l’attente plus rapide. Les responsables dans ces postes d’embarquement travaillent à une amélioration chaque année, il faut que les usagers fassent preuve de discipline et de patience.

Aujourd’hui, les Marocains résidant en Espagne sont 800 000. On peut dire que 80% des mariages sont entre un Marocain installé en Espagne avec une Marocaine et 20% entre un Espagnol et une Marocaine ou inversement, c’est pas mal.

Au consulat vous mettez en place un service spécial pendant les vacances?
Il y a toujours celui ou celle qui perd ses papiers, qui est victime d’un vol, qui se blesse. On sait qu’on doit travailler presque 24 heures sur 24. Les Espagnols sont nombreux pendant cette période. Il est incroyable par exemple d’entendre majoritairement la langue espagnole au petit socco.

L’Etat espagnol est propriétaire ici à Tanger ?
Pas beaucoup. Il y a les écoles Riera, un monastère, le théâtre Cervantes bien sûr pour lequel la demande du wali quant à sa restauration a été transmise par l’Ambassadeur au ministre de la Culture et le dossier est en traitement. L’église catholique est celle qui a le plus de propriétés sur Tanger.

Après deux années en poste à Tanger, quels sont les premiers souvenirs marquants que vous garderez?
Ces deux années ont passé très très vite. C’est la première impression qui indique que je me plais beaucoup dans cette ville. Je connais beaucoup mieux le Maroc, j’y ai maintenant pas mal d’amis. Seul regret, la difficulté pour pénétrer la culture arabe, j’avoue mon incompétence pour apprendre la langue. Pour comprendre vraiment le pays il faut commencer par comprendre l’arabe et pratiquer le darija.
Propos recueillis par : N/M

17/05/2014







Partager ceci :
رابط مختصر للمقالة تجده هنا
http://lejournaldetangernews.com/sitefrancais/news120.html
Par : Administrator
Total Views
Nombres commentaires : 0
Envoyer un email à un(e) ami(e) Version imprimable
Ajouter votre commentaire
    Vos commentaires